Marche n°1 — L’Islet-sur-Mer — 23 mars 2025 — Neige du printemps
Il y a des jours où le vent souffle d’un autre monde, où les pas de la pèlerine réveillent les esprits endormis des fossés.
Ce matin-là, elle avait glissé ses pieds dans ses vieilles bottes de cuir — comme on enfile une promesse. Un bâton à la main, elle avait quitté le Chemin du Moulin, sans savoir qu’elle entamait un détour par la légende d’un certain Cerventes.
Le ciel était bas, la lumière poudreuse, et sur l’accotement, quelque chose brillait. Ce n’était ni or ni perle, mais une tôle cabossée, griffée, tordue, qui portait en elle l’écho d’une bataille oubliée. Elle la souleva, la retourna, la toucha du bout des doigts : C’était une armure !? Pas entière. Juste un morceau… Comme si un chevalier, las ou fou, l’avait laissée là, pour continuer plus léger.
Un peu plus loin, entre les herbes gelées, une crinière rouge !? Non… un balai. À neige. Usé. Oublié. Mais elle y vit un souffle de feu, une bête indomptée, le cou d’un cheval qu’on n’attelle plus. Elle le prit. Elle sourit. Il manquait encore quelque chose.
C’est alors qu’elle vit l’étrier. Rouge, rouillé, comme une boucle d’histoire. Il tenait debout tout seul, prêt à ce qu’un pied y glisse. Alors elle comprit.
Elle n’était pas seule.
Quelqu’un, ou quelque chose, avait chevauché ce chemin avant elle. Ou peut-être… quelqu’un la devançait !?
Elle resta là, un instant. Avec ses trouvailles… fourré dans l’havresac. L’armure. La crinière. L’étrier. Soudain un magnifique voilier d’outardes la survola, pour annoncer un renouveau. Un dévoilement du mystère.
Le cheval n’était pas une monture. C’était la route elle-même ! Et elle, la cavalière oubliée d’un conte qu’il fallait inventer.
Alors elle reprit sa marche. Et à chaque pas, elle sentait le métal, les plumes, la neige, les rêves. Elle allait bâtir un cheval, oui. Mais un cheval de neige, de vent et de légende.
Et peut-être, un jour, on verrait sur la route une sculpture rouge, dressée dans un champ, et un enfant demanderait :
« C’est quoi, ça ? » Et quelqu’un répondrait : « C’est une histoire. Mais il faut marcher pour la connaître. »
Objets glanés
En Fin de Conte !
Les routes n’ont jamais dit leur dernier mot. Merci de marcher un instant avec moi. — Jeanne-Véronique, la rêveuse des grèves
Écoutez en regardant les Images! lu par La rêveuse des grèves.
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