“Il y a, sur les trottoirs de mon village, des signes que plus personne ne regarde. Des petites croix jaunes, souvenirs d’un silence mondial. Mais si on s’arrête. Si on s’incline. Elles deviennent des rayons. Des centres. Des appels à lire entre les lignes ce qui, jadis, nous a unis par la distance. Ce conte est né là, entre deux pas, entre deux respirations, entre deux mondes.”
Conte de croix, de cercles ouverts et d’humanité retrouvé Marche n°3 — Saint-Valérien – 1er avril 2025 – entre deux saisons
Elles sont là, au sol. Des petites croix peintes. Jaunes, simples. Discrètes.
Personne n’y fait attention. Plus maintenant. Elles datent d’un temps qu’on n’ose pas trop regarder. Un temps où l’on ne pouvait plus se toucher.
Les enfants y mettaient leurs pieds, deux mètres de distance, le cœur encore plus loin.
Mais moi, aujourd’hui, je les ai vues. Vraiment vues. Et j’ai compris : ce ne sont pas des croix d’interdiction. Ce sont des croix d’invitation.
Chaque croix est entourée d’un cercle… ou presque. Un cercle ouvert. Comme un souffle qui n’a pas fini sa phrase.
Un espace. Un creux. Un entre.
Et j’ai pensé : peut-être que le message n’était pas dans la croix elle-même. Mais dans ce qu’il y a autour. Dans le blanc. Dans le vide. Dans le non-dit.
Comme dans les anciennes écritures, où le sacré se glisse entre les lettres. Comme dans la musique, où c’est le silence qui fait la beauté des notes.
Alors j’ai fermé les yeux, et j’ai entendu : “Lis entre les lignes.” “Regarde entre les croix.” “C’est là que je t’attends.”
Et j’ai vu. Pas avec mes yeux. Mais avec ce cœur qu’on oublie trop souvent.
J’ai vu que ces petites croix étaient des signatures de passage. Des empreintes. Des “ici” lancés comme des prières.
Ici, quelqu’un a eu peur. Ici, quelqu’un a souri malgré tout. Ici, quelqu’un a attendu sa grand-mère.
Et dans l’ancien cœur de pierre de mon village, ce lieu devenu centre communautaire — autrefois église, aujourd’hui maison d’humanité — j’ai senti que le sacré n’avait pas disparu. Il s’était juste déplacé. Il s’était glissé dans les cercles ouverts. Dans les gestes tendres, dans les regards confiés, dans la distance aimante… paradoxale.
Ces petites croix ne disent pas “reste loin” — elles murmurent : “reconnais l’espace entre toi et l’autre. Et aime-le aussi.”
Depuis, quand je marche sur ces lignes effacées, je les touche du regard, comme on caresse un souvenir.
Et dans ma tête, je dis à chaque croix : “Je te vois. Tu es le centre. Tu es le signe. Tu es le cœur battant du monde.”
Objets glanés
En Fin de Conte !
Les routes n’ont jamais dit leur dernier mot. Merci de marcher un instant avec moi. — Jeanne-Véronique, la rêveuse des grèves
Écoutez en regardant les Images! lu par La rêveuse des grèves