
Dans un village des hauteurs, là où le vent fredonne des chansons glacées, vivait une bergère pas comme les autres. On l’appelait la Bergère-Brigadière, car elle était aussi vaillante qu’un chef de brigade et aussi douce qu’une laine d’agneau.
Ce matin-là, l’hiver montrait sa force. Une tempête approchait, et le ciel s’assombrissait. La Bergère-Brigadière, emmitouflée dans sa combinaison de laine, comptait ses petits moutons. Mais… horreur ! Il en manquait trois !
Sans perdre une seconde, elle s’élança dans la neige, suivant leurs petites empreintes. Le vent hurlait, la neige brouillait la vue, mais elle connaissait la montagne mieux que personne. Elle appela :
— Blanchette ! Grisou ! Flocon ! Où êtes-vous ?
Un bêlement étouffé répondit. Là, derrière un banc de neige tout près de la patinoire, les trois agneaux s’étaient blottis, transis de froid.
— Venez, mes petits, dit-elle, nous rentrons au bercail.
Mais la tempête redoublait ! Le sentier disparaissait sous la neige, le vent voulait les emporter… C’est alors qu’elle siffla un air bien connu.
Au loin, un grand loup blanc surgit de la brume glacée. C’était Boréal, son fidèle compagnon. Avec son flair infaillible, il guida la petite troupe jusqu’à l’abri-école.
Quand enfin la porte de la bergerie se referma, la chaleur du foyer-classe enveloppa tout le monde. Les agneaux se blottirent dans la paille de leurs cahiers.
— Voilà, tout le monde est sain et sauf, dit-elle en souriant. Maintenant, on peut se reposer et rêver de belles aventures. Dehors, la tempête pouvait rugir. Ici, dans la lumière dorée, tout le monde était sain et sauf. Et la Bergère-Brigadière, en souriant, murmura :
— Mission accompli.

